Les outils qui sont le moteur de la transformation numérique dans le secteur industriel évoluent rapidement.
Et ces innovations numériques s’accompagnent du défi de trouver la bonne stratégie pour articuler ces différentes avancées afin de créer de nouvelles opportunités et d’améliorer la sécurité, la qualité, la productivité et la rentabilité.
Récemment, Josh Santo, l’animateur de «Conquering Chaos », notre podcast consacré aux tendances et aux innovations pour les dirigeants du secteur industriel, s’est entretenu avec le Dr Stefan Kozielski, directeur adjoint de la fabrication et de la chaîne d’approvisionnement chez Boston Consulting Group (BCG), au sujet de la construction de l’« usine du futur ».
Il a dirigé des entreprises telles que Tyson Group, Henkel et DHL. Alors qu’il était directeur de l’un des plus grands sites de production de Henkel, celui-ci a été désigné « phare de la quatrième révolution industrielle » par le Forum économique mondial et a remporté le prix de l’« Usine de l’année » décerné par Kearney.
Aujourd’hui, le Dr Kozielski aide ses clients internationaux à « venir à bout du chaos » en fédérant les différents éléments moteurs de la transformation numérique dans le secteur industriel. Cela inclut les grandes décisions stratégiques concernant l’ESG et le développement durable, la performance, l’efficacité et le développement des ressources humaines.
Nous partageons ici ses enseignements et ses réflexions sur la manière de créer dès aujourd’hui l’usine industrielle du futur.
Une révolution en matière de productivité
Malgré les bouleversements technologiques en cours, une chose reste constante : une usine de fabrication reste avant tout une question de productivité et d'obtention de résultats. L'usine du futur offre la possibilité d'y parvenir plus efficacement en optimisant les ressources déjà en place, qu'il s'agisse des machines ou des personnes qui les font fonctionner.
Le Dr Kozielski a déclaré :
« Lorsque je visite des usines, je constate encore que les actifs sont extrêmement sous-utilisés. Une ligne de production dont l’OPI ou l’OEE est de 60 % reste inactive à 40 %. À mon sens, l’usine du futur est bionique. Elle intègre des éléments inspirés des fonctions humaines et favorise l’épanouissement des personnes. Elle est clairement centrée sur l’humain et crée un environnement de travail qui permet une révolution en matière de productivité. »
L'équipe Expérience utilisateur
Selon le Dr Kozielski, les responsables du secteur industriel sous-estiment l’importance de l’expérience des opérateurs et des utilisateurs de première ligne lorsqu’ils entreprennent la transformation numérique de leurs usines et la mise à niveau de leurs technologies.
« Tout le monde possède un smartphone, et nous utilisons tous des iPad. Et quand l’application, le programme ou la plateforme est trop compliqué, nous ne l’utilisons pas », a déclaré le Dr Kozielski.
« Si les technologies utilisées au travail n'offrent pas une expérience utilisateur tout aussi simple et attrayante, alors, quelle que soit leur sophistication et l'ampleur de la formation dispensée, elles ne permettront pas d'obtenir les gains de productivité escomptés au moment de l'investissement. »
L'expérience technologique dans les usines de fabrication doit offrir une expérience aussi simple et captivante que celle dont bénéficient nos équipes dans leur vie privée.
L'évolutivité passe par la normalisation
L'usine du futur nécessite des investissements numériques pouvant être déployés de manière efficace et aisée dans l'ensemble des sites de production. Il s'agit de s'inspirer des réussites enregistrées sur un site de production donné pour les adapter ensuite à d'autres sites. ,
Le Dr Kozielski met en garde contre « l'effet phare », qui se produit lorsque l'entreprise dispose d'un nombre si important de systèmes et d'outils différents que ses efforts se dispersent et perdent de leur cohérence. Pour déployer à grande échelle une plateforme numérique, la normalisation est indispensable.
L'accent mis sur les personnes
Le secteur industriel est confronté à une pénurie de main-d’œuvre. Dans le contexte actuel de la « guerre des talents », les dirigeants doivent réfléchir à la manière dont ils vont faire de leurs usines un lieu de travail attractif. Cela va au-delà des salaires ou des avantages sociaux et implique d’examiner comment le leadership et la culture d’équipe contribuent à renforcer le sentiment de sécurité psychologique des employés.
« Parfois, nous consacrons trop de temps à embellir nos bureaux. Mais nous ne réfléchissons pas avec la même rigueur, la même vision ni la même passion à la manière de faire de notre usine un lieu de travail agréable pour nos collaborateurs », a déclaré le Dr Kozielski.
« Dans chaque usine, la priorité n° 1 est la sécurité de tous ceux qui y travaillent. C’est l’aspect physique », a-t-il ajouté. « Il y a aussi l’aspect psychologique : le sentiment de sécurité des personnes et le niveau de stress supplémentaire qu’elles intériorisent, ce qui conduit au burn-out et à l’attrition. »
Pour prévenir cela, il faut que les dirigeants disposent des données nécessaires pour fixer les bons objectifs, déployer les bons outils et permettre aux collaborateurs d’atteindre ces objectifs et de célébrer ces réussites. Ce n’est pas une question de technologie, mais de ce que la technologie permet de faire.
Les outils numériques qui reflètent la facilité d’utilisation à laquelle les gens se sont habitués dans leur vie privée contribueront à l’intégration des nouveaux talents, au perfectionnement des équipes existantes et faciliteront le transfert de connaissances.
Il est plus facile de travailler et d'apprendre ensemble
« C’est la qualité des processus qui fait souvent la différence entre une bonne usine et une usine moins performante, et ce sont les technologies que nous mettons en place qui ont un impact sur ces processus », a déclaré le Dr Kozielski.
Une approche de la transformation numérique centrée sur l’humain tient compte de la manière dont les personnes travaillent et aiment travailler ensemble ; elle est essentielle pour bâtir une main-d’œuvre et une usine résilientes.
« Le principal moteur de la résilience, ce sont les personnes, leurs habitudes et la manière dont elles travaillent ensemble au sein de l’organisation, avec des principes de leadership adaptés et une autonomie suffisante pour prendre les décisions qui correspondent le mieux aux objectifs de la production », explique le Dr Kozielski.
« Le sport est un excellent moyen d’illustrer ce principe », poursuit-il. « Une équipe de football dans laquelle un joueur, lorsqu’il a le ballon, doit se tourner vers l’entraîneur pour lui demander la permission de jouer ou lui demander quoi faire avec le ballon ne gagnera jamais. Nous devons transposer ce même concept dans nos usines. »
« Nous devons rendre les règles transparentes et accessibles, laisser aux gens une marge d’autonomie et prendre des décisions qui font avancer le projet. C’est ça, pour moi, la résilience. »
Un plan d'action
Voici les mesures tactiques que les fabricants peuvent mettre en œuvre pour commencer à construire un parcours centré sur l'humain vers l'usine du futur :
- Réalisez des audits des systèmes et des processus, identifiez les processus trop complexes et analysez la répartition du temps de travail des équipes de terrain. Participez aux quarts de travail aux côtés des opérateurs afin de mieux comprendre leur expérience utilisateur.
- Prenez le temps de rencontrer les équipes de terrain pour identifier ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et leur demander ce qui doit changer.
- Réalisez un audit de la structure de votre équipe et de votre organisation, en examinant les profils et les fonctions nécessaires pour concrétiser les ambitions de votre usine pour l'avenir.
- Demandez-vous ce que vous pouvez faire – non pas pour apporter une amélioration progressive, mais pour transformer le fonctionnement de l'usine. Ensuite, testez cette idée le plus rapidement possible dans un environnement propice à l'expérimentation, et n'hésitez pas à abandonner très vite si cela ne fonctionne pas.
- Définissez la vision qui permettra à l'usine d'aller de l'avant et mettez-la en œuvre en combinant des approches à la fois descendantes et ascendantes. Pour que cela soit efficace, un leadership à la fois local et central est nécessaire.
- Présentez l'analyse de rentabilité de cet investissement numérique sous l'angle du réseau (et non pas uniquement d'un site de production). Au-delà des aspects financiers, il s'agit d'un investissement visant à répondre à la pénurie de main-d'œuvre, aux enjeux de développement durable, ainsi qu'à la nécessité d'améliorer l'expérience et l'engagement des collaborateurs.
L'avenir des entreprises industrielles réside dans des usines centrées sur les personnes, qui mettent à disposition les outils numériques et les processus de transformation conçus pour bénéficier à leurs collaborateurs et accroître la productivité, l'engagement, la durabilité et les bénéfices.
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